Procès Paul François contre Monsanto: Monsanto reconnu coupable de préjudice

Monsanto «responsable» de l’intoxication d’un agriculteur

Le tribunal de Lyon a reconnu la responsabilité de la société dans l’intoxication d’un céréalier charentais par un puissant herbicide, en 2004. Monsanto envisage de faire appel.

Le géant américain Monsanto a été jugé «responsable», ce lundi à Lyon, de l’intoxication à l’herbicide en 2004 d’un agriculteur français, ouvrant la voie à des dommages-intérêts, ce qui constitue une première en France. Monsanto envisage de faire appel de sa condamnation.

«Monsanto est responsable du préjudice de Paul François suite à l’inhalation du produit Lasso», peut-on lire dans le jugement du tribunal de grande instance de Lyon.

Le 27 avril 2004, Paul François, un céréalier de Bernac (Charentes) aujourd’hui âgé de 47 ans, avait reçu au visage des vapeurs de Lasso, un puissant désherbant produit par le leader mondial de l’agrochimie, en ouvrant la cuve d’un pulvérisateur.

Il est rapidement pris de nausées et d’évanouissements, puis d’une multitude de troubles l’obligeant à interrompre son activité pendant près d’un an : bégaiements, vertiges, maux de tête, troubles musculaires.

En mai 2005, un an après avoir inhalé les vapeurs, des analyses relevaient dans son organisme des traces de monochlorobenzène, un solvant présent pour moitié dans le Lasso, au côté du principe actif, l’anachlore.

Trois ans plus tard, celui qui est devenu le porte-parole des victimes des pesticides obtenait en justice que ses troubles soient reconnus comme maladie professionnelle par la Mutualité sociale agricole. Il lançait alors une procédure en responsabilité civile contre Monsanto.

A l’audience, le 12 décembre 2011, devant la 4è chambre civile du TGI de Lyon, son avocat, Me François Lafforgue a reproché à Monsanto d’avoir «tout fait pour laisser le Lasso sur le marché» alors que sa dangerosité avait été établie dès les années 1980, d’où son interdiction au Canada, en Angleterre et en Belgique. Ce n’est qu’en 2007 qu’il a été retiré du marché français.

«Aucun témoin»

Selon Me Lafforgue, Monsanto aurait aussi manqué à son «obligation d’information» en ne détaillant pas la composition du produit sur l’étiquette, et en n’avertissant pas des risques liés à l’inhalation, ni de l’obligation de porter un masque.

Rappelant qu’il n’y avait eu «aucun témoin» de l’accident, la défense de Monsanto, Me Jean-Philippe Delsart, a mis en doute la réalité de l’intoxication. Et souligné que les problèmes de santé n’étaient apparus que plusieurs mois après, alors que, selon lui, le monochlorobenzène est très vite évacué par l’organisme.

«On souhaite que le tribunal retienne la faute de Monsanto, le lien de causalité entre cette faute et le dommage subi par mon client et qu’il ordonne une expertise, uniquement pour évaluer le préjudice», a déclaré Me Lafforgue, ajoutant qu’il avait «bon espoir».

Mais le tribunal peut aussi simplement «ordonner une expertise pour déterminer si les maladies de Paul François», désormais invalide à 50% «sont en lien ou pas avec son accident», a-t-il dit.

Selon l’association «Générations futures», «si le juge venait à reconnaître la responsabilité de Monsanto dans cette affaire, cela constituerait une première et ne permettrait plus aux firmes de se (défausser) sur le gouvernement ou les utilisateurs eux-mêmes».

(AFP)

http://www.liberation.fr/terre/01012389648-intoxication-aux-pesticides-monsanto-fixe-aujourd-hui-sur-sa-responsabilite

Voir aussi le site de Générations futures :

http://generations-futures.blogspot.com/2012/02/proces-paul-francois-contre-monsanto.html

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Hommage à Pierre Dansereau – 3 octobre

Suite à l’annonce du décès de Monsieur Pierre Dansereau le 29 septembre dernier, les associations des étudiants-es en sciences de l’environnement (ASEMESE  et AEDSE) de concert avec l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) vous convient à rendre un hommage au père de l’écologie au Québec.

Louis-Gilles Francoeur, journaliste au Devoir, et Normand Brunet, consultant en environnement et chargé de cours à l’ISE, prononceront une conférence, occasion privilégiée de souligner l’immense contribution de Pierre Dansereau pour réconcilier les sciences naturelles et les sciences humaines, une perspective au coeur même des sciences de l’environnement.

Lundi, 3 octobre, à 12h30, dans le hall d’entrée du Pavillon des Sciences biologiques de l’UQAM (141, avenue du Président-Kennedy, Montréal).

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Les agriculteurs ne sont pas les seuls professionnels victimes des pesticides

Nouvel article du Journal de l’environnement

Après le documentaire et le livre de Marie-Monique Robin: « Notre poison quotidien » (voir le résumé de sa conférence au Coeur des sciences en mai dernier: http://www.coeurdessciences.uqam.ca/evenements/details/205-ecocine-notre-poison-quotidien.html et le blog de la réalisatrice: http://robin.blog.arte.tv/), voici une nouvelle observation des impacts des pesticides sur la santé des travailleurs.

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Les agriculteurs ne sont pas les seuls professionnels victimes des pesticides

Le 23 septembre 2011 par Geneviève De Lacour

Des pesticides permettent de conserver les céréales dans les hangars

Les agriculteurs ne sont plus les seuls à craindre les phytosanitaires. Contaminés par des pesticides interdits, deux salariés bretons de l’agroalimentaire trainent en justice leur employeur. Sur les ports, des dockers souffrent de cancer pour avoir été intoxiqués au moment du déchargement des bateaux. Combien sont-ils à avoir été exposés sur leur lieu de travail? Difficile à dire. Ces premiers cas laissent à penser que le problème est sous-estimé par les employeurs.

Laurent Guillou et Stéphane Rouxel sont chauffeurs dans une importante société d’agroalimentaire bretonne. Aucun signe extérieur n’indique que ces solides gaillards sont malades. Pourtant, depuis qu’ils ont été intoxiqués par du Nuvan Total, un insecticide utilisé pour conserver les céréales stockées en silo ou en hangar, leur santé s’est nettement détériorée. Le Nuvan total contient, en effet, un produit très toxique: le dichlorvos. Classé par l’agence américaine de l’environnement (US EPA, selon l’acronyme anglais) comme cancérigène possible (classe 2B), son utilisation est strictement interdite en France depuis 2007. Problème: les deux hommes ont été intoxiqués en 2009 !
 
Souffrant de maux de tête, de douleurs au ventre, de picotements de la langue et même de saignements de nez, les deux quadragénaires qui travaillent à la réception des matières premières consultent en avril 2009 au CHU de Brest. Le dichlorvos est clairement mis en cause. Des analyses réalisées sur les céréales traitées contre les vermines montrent des doses 7 fois supérieures à la limite autorisée. «Le débit de pompe était réglé sur 48% au lieu de 10% qui est le minimum préconisé», expliquent les deux hommes lors d’une conférence de presse organisée dans les locaux du syndicat Solidaires, aujourd’hui 23 septembre. Pour ces travailleurs ne portant qu’un simple filtre sur le visage, l’intoxication a été aigue lors de l’accident de travail déclarée le 8 avril 2009, mais aussi chronique puisque même après une dizaine d’arrêts de travail pour maladie, la Mutuelle de santé agricole (MSA) les a poussés à reprendre le chemin du silo.
 
Devenus hypersensibles à tout produit chimique, ces deux salariés souffrent également de douleurs au dos, à la poitrine et à la tête. Dans l’incapacité de reprendre leur travail, ils ont été déclarés inaptes par la médecine du travail en janvier et février 2011. Pire, ils ne peuvent tolérer le moindre agent chimique. «Je ne supporte pas les vapeurs des produits imprégnés dans les vêtements de mes collègues, ni même les odeurs dans les bureaux ou les grandes surfaces», explique Laurent Guillou. «Ils souffrent du syndrome d’hypersensibilité développé par ceux qui ont été surexposés aux pesticides», explique François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures. Le dichlorvos est en effet connu aussi pour ses atteintes du système nerveux central.
 
Après avoir stoppé net toute négociation, l’employeur, l’entreprise Nutréa, filiale du groupe Triskalia et employant 70 salariés sur le site de Plouisy dans les Côtes d’Armor, a licencié ces deux salariés en juin et juillet 2011 «pour inaptitude». Il faut dire qu’ils avaient porté plainte contre X auprès du procureur de Guingamp en mai 2010. Classée une première fois en octobre 2010, l’affaire a été rouverte et elle est en cours d’instruction.
 
Pour François Lafforgue, l’avocat qui défend Laurent Guillou et Stéphane Rouxel, le groupe Triskalia a commis plusieurs infractions: il a d’abord utilisé des produits interdits puis il a eu recours à une entreprise non agréée pour le traitement des céréales. Ensuite aucune mesure de protection des salariés n’a été prise. «Nous demandons que le parquet aille au bout de la démarche et qu’il reconnaisse qu’une faute inexcusable a été commise par l’employeur.» Et l’avocat de compléter: «Nous avons déposé auprès des prud’hommes une procédure pour contester le caractère abusif du licenciement.»
 
Un accident qui n’aurait certainement pas eu lieu si les responsables de l’entreprise n’avaient décidé, pour des raisons économiques, de stopper la ventilation des silos, la nuit. En absence d’aération, les céréales se couvrent alors rapidement de charançons ou de moucherons qu’il faut traiter pour préserver les stocks. Une économie de moyens dont les conséquences sont portées par les salariés alors qu’existent des silos ventilés et réfrigérés, permettant de s’affranchir de tout produit phytosanitaire.
 
Autre profession inquiète pour sa santé: les dockers. Ces forts à bras, aux revendications syndicales musclées, n’ont jamais pris de précaution particulière lors du déchargement des marchandises. Et ils semblent en payer le prix. En 2010, l’Association pour la protection de la santé du travail des métiers portuaires (Appstmp) a décidé de recenser tous les cas de maladies professionnelles parmi un groupe de 140 salariés du port de Nantes partis à la retraite en 1992. Dix-neuf ans plus tard, 87 ont développé des maladies cardio-vasculaires, des maladies de peau, mais surtout 61 sont affectés par un cancer (cancers de la prostate, des reins, du pancréas, de la vessie, des poumons, etc.). «La situation est similaire dans tous les ports de France. Nous avons organisé une conférence en mars à Nantes au centre Gauducheau de lutte contre le cancer pour porter ces questions en débat», précise Yves Rialland, l’un des responsables de l’Appsmp.
 
Pesticides, fongicides, amiante, les dockers ont été et sont encore exposés à de nombreux toxiques. Les céréales sont aspergées de pesticides dans les silos puis traitées une nouvelle fois dans les cales des bateaux pour éviter qu’elles ne soient infestées par les vermines. Les bois exotiques arrivent imprégnés de fongicides. Les containers sont souvent gazés. «Il n’est pas rare que les dockers, qui sont les premiers à pénétrer dans les containers, respirent des bouffées de produits chimiques accumulés à l’intérieurLes moyens de transport ont beaucoup évolué mais les marchandises restent les mêmes», précise Yves Rialland. Pire, alors que les marchandises étaient auparavant ensachées et stockées, elles sont maintenant en vrac en fond de cale, là où les poussières s’accumulent.
 
L’Appstmp a été créée pour comprendre les causes de ces cancers et mener des actions de prévention auprès des dockers.

Pour les personnes travaillant dans le secteur de l’agroalimentaire, les consciences commencent tout juste à bouger. 18 collègues de Laurent Guillou et Stéphane Rouxel, également concernés par des accidents de travail mais toujours salariés de Triskalia, attendent les résultats de l’enquête en cours avant d’intenter à leur tour une action en justice.

 
 
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Harvey Mead publie « L’indice de progrès véritable du Québec »

M. Harvey Mead, fondateur de Nature Québec, ancien commissaire au développement durable du Québec, ancien sous-ministre  adjoint à l’Environnement en 1990-1991 entre autres choses, a écrit L’indice de progrès véritable du Québec, publié aux Éditions MultiMondes (voir http://www.numilog.com/LIVRES/FICHES/90548.Livre). Cet ouvrage démontre que les indicateurs de développement actuels, tel le PIB, ne peuvent refléter adéquatement le progrès véritable tant qu’ils ne prendront pas en compte dans l’économie de l’environnement.

 A cette occasion, il a été reçu en entrevue à Radio-Canada le 11 septembre dernier dans laquelle il expose sa vision de l’environnement et du développement durable.

Celle-ci peut être écoutée à l’adresse suivante:

http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2011/CBF/LesAnneeslumiere201109111305_2.asx

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L’ACFAS et la BANQ propose une rencontre-débat « Démocratie et sciences : à qui appartient le savoir? »

Animée par Yanick Villedieu, journaliste à Radio-Canada, avec la participation de Bernadette Bensaude-Vincent, philosophe, Yves Gingras, sociologue et historien, et Marc-André Sirard, chercheur en reproduction. Le public est invité à participer aux discussions.

Le savoir semble appartenir à tout le monde, particulièrement dans notre société hyperbranchée, mais qu’en est-il concrètement? Le citoyen est-il plus qu’un récepteur passif d’un savoir élaboré et validé en milieu clos, et qui pourtant influence sa vie et détermine son avenir? Que se passe-t-il quand les élus interviennent directement dans le développement scientifique à la place des scientifiques eux-mêmes? Autant de questions qui nous ramènent à la dimension collective des connaissances produites par les chercheurs.

Présentée par l’Association francophone pour le savoir – Acfas, en partenariat avec BAnQ, dans le cadre du lancement du nouveau site Internet de l’Acfas et du « cyberzine » Découvrir, ainsi que de la présentation du 80e congrès annuel, qui aura lieu au Palais des congrès de Montréal du 7 au 11 mai 2012.

À l’Auditorium de la Grande Bibliothèque
Le mercredi 7 septembre à 17 h

Prière de confirmer votre présence en écrivant à yolette.riche@acfas.ca ou en téléphonant au 514 849-0045, poste 221

Pour plus de détails: http://www.banq.qc.ca/nouvelles/programme.html

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Franc succès de la semaine d’activités scientifiques franco-québécoise Gouvernance, risques, santé, environnement et société du 9 au 15 mai 2011

La très riche semaine d’activités scientifiques « Technosciences, environnement, santé, risques, gouvernance et société », organisée conjointement par l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQÀM, le GRETESS et le Pôle Risques de la Maison de la recherche en sciences humaines de l’Université de Caen Basse-Normandie, qui s’est déroulée du 9 au 13 mai 2011, a réuni plusieurs dizaines de scientifiques de renoms de France et du Québec et un public large de près de 500 personnes.

 

Cette semaine d’activités scientifiques s’est ouverte par 2 journées de colloque de haut niveau à l’ACFAS, réunissant 70 personnes, suivies d’un atelier sur les perturbateurs endocriniens d’une trentaine de personnes, co-organisé avec la Télé-université de l’UQAM et le Réseau Québécois des Femmes en Environnement, puis d’un passionnant forum « Santé, environnement et gouvernance » réunissant 55 personnes : médecins, toxicologues, sociologues, biologistes, chimistes, juristes, ainsi que des analystes en matière de politiques venant de tous les horizons tels que des milieux de la recherche, de l’enseignement, des politiques publiques et de l’intervention. Notre souci de transfert de connaissances de ces questions nous a amené à organiser deux grandes soirées de conférences publiques au Cœur des sciences de l’UQÀM. La première, avec les chercheurs français Gilles-Éric Séralini et André Cicolella, portait sur l’épidémie de maladies chroniques La première, avec les chercheurs français Gilles-Éric Séralini et André Cicolella, portait sur l’épidémie de maladies chroniques faisant ressortir les nécessités d’intervention en amont et de renouvellement des paradigmes et des stratégies en matière d’évaluation et d’intervention en environnement et en santé. Elle s’est déroulée devant une salle comble. La seconde sur l’hypersensibilité environnementale, organisée conjointement avec l’Association de santé environnementale du Québec, a réuni près d’une dizaine de passionnants conférenciers du Canada et d’Europe pour mettre en évidence l’importance croissante de ces enjeux de santé environnementale.

 

Précisons que l’ensemble des activités de la semaine s’inscrivait dans le cadre de la signature de l’Accord-cadre entre l’UQÀM et l’Université de Caen Basse-Normandie qui eut lieu en présence de l’ensemble des participants, du directeur du Service des relations internationales de l’UQÀM, de représentants de la Région Basse-Normandie, de l’Institut des sciences de l’environnement, du Centre de recherche INterdisciplinaire sur la BIOlogie, la Santé, la société et l’Environnement de l’UQÀM (CINBIOSE), du département de sociologie et de la Faculté des sciences humaines de l’UQÀM lors d’un cocktail dînatoire le mercredi 11 mai. Ces accords concrétisent un important travail de coopération scientifique et de réseautage, en particulier dans le monde francophone, déjà engagé depuis plusieurs années entre les chercheurs de l’UQÀM (en particulier de l’Institut des sciences de l’environnement) et de l’Université de Caen (notamment du Pôle risques et du CRIIGEN).

 

Cette semaine d’activités scientifiques a également été l’occasion d’une série d’activités de réseautage entre la quinzaine de collègues français et les chercheurs québécois permettant d’élargir et d’approfondir les intérêts communs. Plusieurs de ces activités ont été menées de concert avec la Mission « Sciences et développement durable » du Conseil régional de Basse-Normandie réunissant le Vice-président de la Région, des chargés de mission et des milieux d’affaires impliqués en développement durable. Rappelons que le Conseil régional a soutenu financièrement les déplacements des chercheurs de l’Université de Caen. Parmi ces activités, soulignons la rencontre avec le Vice-recteur au développement durable de l’Université de Sherbrooke accompagné de plusieurs collègues, un souper conjoint des membres de la délégation de Basse-Normandie avec des chercheurs de France et du Québec, une rencontre avec les artisans du Marché de solidarité de Sherbrooke, (expérience à l’origine d’une douzaine de réseaux villes campagnes du même type) et ceux de Nova Envirocom. Le mercredi matin fût l’occasion de réunir à l’UQÀM plusieurs directions et collègues pour un échange cordial et fort instructif avec l’ensemble de la délégation française.

 

Suite aux discussions préliminaires en France avec les membres de la mission de la Région de Basse-Normandie, nous avons planifié plusieurs rencontres, dont une brève visite des Shop Angus avec son PDG, illustrant l’intérêt majeur de ce projet de reconversion industrielle. De plus, un petit déjeuner avec le Président du BAPE a été organisé le jeudi matin tandis qu’une autre rencontre, en après-midi à l’UQÀM, a permis à la délégation de rencontrer le Président de l’Ordre des architectes du Québec et le PDG de l’Association de l’aluminium du Canada pour discuter de construction viable et de matériaux santé.

 

Revenons de façon plus détaillée sur les autres volets de cette semaine franco-québécoise.

  • Les 9 et 10 mai 2011, à l’ACFAS 2011 à Sherbrooke, près de 70 participants, dont plusieurs médecins et des chercheurs d’une dizaine de disciplines des sciences naturelles, de la santé et humaines ainsi que des représentants d’ONG ont participé au colloque « Technosciences, environnement, santé, risques, gouvernance et société ». Organisé conjointement par le Pôle Risques de la MRSH de l’Université de Caen Basse-Normandie, l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQÀM et le GRETESS, représentés notamment par Frédérick Lemarchand co-directeur du pôle risque de la Maison de la recherche en sciences humaines (MRSH) et Louise Vandelac, directrice de l’Institut des sciences de l’environnement et du GRETESS, il a permis un fascinant renouvellement des perspectives théoriques. Nous tenons à souligner la très précieuse collaboration de Julia Barrault, doctorante et assistante de recherche, avec le soutien des membres du comité scientifique et du comité de cette manifestation.

 

Ces stimulants échanges franco-québécois ont mis en évidence la nécessité de repenser, dans l’actuel contexte d’épidémie de maladies chroniques et de montée en puissance des crises enchevêtrées du climat, de la biodiversité et des évènements extrêmes qui y sont liés, comment leurs impacts socio-économiques, sanitaires et environnementaux résultent largement des insuffisances scientifiques d’évaluation et d’encadrement de certaines innovations des domaines notamment de la chimie et de la transgénèse, lacunes dont la responsabilité incombe largement aux promoteurs et aux pouvoirs politiques. Paradoxalement, cette épidémie de maladies chroniques aux impacts socioéconomiques majeurs, considérée par André Cicolella comme la quatrième crise écologique, demeure encore marginalisée par les pouvoirs publics. Ainsi, l’analyse de facteurs clés de cette épidémie, comme les perturbateurs endocriniens, exige, pour occuper la place qui devrait leur revenir, d’amorcer de sérieux changements de paradigmes  et de profondes révisions des dispositifs évaluatifs, réglementaires et législatifs. Ces constats relatifs à l’insuffisance en matière d’analyse approfondie et d’évaluation contradictoire, d’inadéquation des normes québécoises et canadiennes en fonction des normes internationales les plus rigoureuses tout autant qu’en matière de lacunes relatives à l’encadrement législatif et réglementaire ont pu être mis en évidence notamment dans les dossiers tels que:

  1. l’amiante, les gaz de schiste, les centrales nucléaires et la geoingénierie;
  2. les perturbateurs endocriniens et l’hypersensibilité environnementale ;
  3. les effets de certains contaminants environnementaux sur la santé prénatale et infantile ;
  4. la transgénèse et les nanotechnologies ;
  5. les transformations sociotechniques, les enjeux de responsabilités et de participation publique.

 

La première journée du colloque de l’ACFAS s’est terminée par un cocktail célébrant l’annonce de l’accord cadre Caen-UQÀM et le lancement de l’ouvrage « La gouvernance à l’épreuve des enjeux environnementaux et des exigences démocratiques » dirigé par E. Duchemin et édité par les Éditions en environnement VertigO, faisant suite au colloque organisé par VertigO à l’ACFAS en 2009.

 

Les 35 communications de l’ACFAS ont a été filmées et bon nombre d’entre elles feront l’objet de capsules web disponibles au cours de l’été sur le site internet du GRETESS, et plusieurs sur celui de l’UQÀM (UQÀM TV) ainsi que sur la « forge numérique » de l’Université de Caen Basse-Normandie. Des articles issus du colloque et révisés par les pairs seront publiés dans une édition spéciale de la revue VertigO, dont un numéro spécial «Technosciences, environnement, santé, risques, gouvernance et société » est prévu au début 2012.

 

  • Le 11 mai en matinée à  l’UQÀM s’est tenue une rencontre de la délégation française avec plusieurs directions et collègues de l’UQÀM.

Quelques 25 personnes de la délégation des chercheurs et de la mission Basse-Normandie ont eu l’opportunité d’assister à la présentation des activités de recherche de l’UQÀM avec le Vice-recteur à la recherche et à la création, M. Yves Mauffette, ainsi qu’avec la Directrice de la recherche et de la création, Mme Dominique Robitaille, la Directrice du Service aux collectivités, Mme Sylvie de Grosbois et une déléguée du Service des partenariats et du soutien à l’innovation, Mme Marie-France Lisé. Par la suite, le Directeur du Service des relations internationales, M. Sylvain St-Amand, a brossé un tableau des principales activités et réalisations de son service alors que Pierre Robitaille, du Vice- rectorat aux Ressources humaines, est venu faire le point sur le développement durable et le fonds vert de l’UQÀM. Mme Anne Rochette, Doyenne de la Faculté des Sciences Humaines de l’UQÀM, a ensuite fait état des principaux champs de recherche à sa Faculté, une question d’intérêt particulier pour les chercheurs de la MRSH de l’Université de Caen Basse-Normandie. En fin de matinée, M. Marc Lucotte, Directeur du programme de Doctorat en sciences de l’environnement et également membre des Conseils scientifiques du CNRS et du CEMAGREF, a fait le point sur les programmes de l’Institut et a brièvement présenté ses principaux champs de recherche dont ses travaux menés dans les domaines de la santé environnementale au Brésil. Par la suite, Mme Lucie Sauvé, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation relative à l’environnement, a fait état des axes de la Chaire et des recherches en santé et environnement menées en Amérique du sud. M. Nicolas Milot, professeur associé, post-doctorant et chercheur à la Chaire sur les écosystèmes urbains du directeur du programme de maîtrise en sciences de l’environnement, M. Laurent Lepage, a fait état des principaux thèmes de recherche de cette Chaire alors que M. Éric Duchemin, professeur associé à l’Institut, co-directeur et rédacteur en chef de la revue VertigO, a présenté cette revue scientifique ainsi que la troisième édition des Écoles d’été en agriculture urbaine qui se tiendra en août 2011.

 

  • Le mercredi après-midi 11 mai et le jeudi 12 mai, l’atelier de travail sur les perturbateurs endocriniens et la santé des enfants, faisant suite à un atelier du même type tenu en 2010, a permis de réunir une partie des forces vives sur ces questions pour tenter de dégager des pistes de travail communes en vue d’élaborer des projets de recherche. Les perturbateurs endocriniens (PE) constituent une problématique d’actualité, comme en témoigne l’adoption récente par l’Assemblée Nationale française d’une loi interdisant l’utilisation d’un certain nombre de ces composés (tels les phtalates et les parabènes) (http://www.premiumbeautynews.com/La-cosmetique-francaise-face-au,3039). Cet atelier, financé également par les Instituts de recherche en santé du Canada (Parent, Vandelac, Brousseau et Fournier) et qui a accueilli cette fois plusieurs chercheurs français, s’est déroulé sous la houlette de Lise Parent, professeure à la Téléuniversité (TELUQ), avec le soutien de Josée Yelle. Les échanges ont permis de faire le point sur l’impact des perturbateurs endocriniens sur la santé reproductive et le développement des enfants, d’identifier les données existantes ainsi que les travaux souhaitables pour combler les lacunes et clarifier les incertitudes. Les principales conclusions et actions à entreprendre identifiées ont été:
    • de développer des approches pour la mesure des effets des PE en tenant compte des faibles doses d’exposition, dose-réponse, des fenêtres d’exposition, des organes touchés, des contaminants testés, des expositions à des cocktails et des effets sexe et genre.
    • de produire des données expérimentales
    • d’agir comme conseil et créer un comité pour identifier 1 ou 2 familles de contaminants
    • d’exploiter les grandes matrices de données
    • de créer un regroupement de chercheurs-es interdisciplinaires sur les PE (la composition reste à être définie) pour créer les liens, mettre en valeur les connaissances existantes, organiser un colloque spécialement sur le sujet en marge du Colloque en toxicologie du Canada, faire ou appuyer des déclarations sur les PE.

 

  • Le mercredi 11 et le jeudi 12 mai, deux conférences publiques au Cœur des sciences de l’UQÀM ont également été l’occasion de nombreux et dynamiques échanges avec un plus grand nombre de participants.

*Mercredi 11 mai, la grande conférence publique, co-organisée par l’Institut des sciences de l’environnement, le Cœur des sciences de l’UQÀM en collaboration avec l’Institut Santé et société et intitulée « La santé : une crise écologique ? » a suscité le vif intérêt de plus de 350 personnes. André Cicolella, chercheur en évaluation des risques sanitaires, conseiller scientifique à l’INERIS (Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques), à l’origine de la création de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement (AFSSE) et du réseau environnement santé (RES), a d’abord présenté sa conférence : « La santé, quatrième crise écologique » dans laquelle il soulignait que devant la flambée des maladies chroniques qui représente, selon l’OMS, l’un des principaux défis auxquels doit faire face l’humanité en ce début de XXIème siècle, ces maladies ont une cause environnementale déterminante, découlant largement des activités anthropiques au même titre que la crise climatique, la dégradation de la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles. Ceci conduit à considérer la crise sanitaire comme la quatrième crise écologique. Alors qu’à partir du milieu du XIXè siècle, la plupart des épidémies de maladies infectieuses ont reculé grâce à une intervention sur l’eau, l’habitat et les déchets et grâce à l’éducation, ce qui a constitué le paradigme de cette première révolution de santé publique, force est de constater l’incapacité du modèle biomédical à arrêter l’actuelle épidémie de maladies chroniques. En ce sens, une seconde révolution de santé publique apparaît nécessaire, construite sur un paradigme reposant sur une définition écosystémique de la santé. En d’autres termes, elle serait centrée sur la qualité de la relation de la personne humaine à son écosystème, et reposerait sur la reconnaissance de la légitimité de la participation des citoyens au processus de décision fondée sur le principe de précaution.

 

*Le second  conférencier, le professeur Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire, co-directeur du Pôle risques de la MRSH de l’Université de Caen Basse-Normandie et Président du Conseil Scientifique du CRIIGEN (Centre de recherche et d’information indépendants sur le génie génétique) a présenté une conférence intitulée : « Biotechnologies: le retard américain » dans laquelle il soulignait que depuis 15 ans, l’Amérique du Nord, et sous son impulsion, l’Amérique Centrale et du Sud, ont pris un retard considérable dans l’évaluation durable et le développement des biotechnologies agricoles par rapport aux exigences sociales et environnementales mondiales. Comme pour le protocole de Kyoto sur le climat, disait-il, le protocole international de Carthagène sur la biodiversité et les biotechnologies a été mis en œuvre par 150 pays, à l’exception de ceux d’Amérique du Nord. D’ailleurs, le continent américain concentre à lui seul 97 % des cultures d’OGM destinées à l’alimentation. Ces OGM avec leur problématique de concentration de pesticides, l’absence d’évaluation sanitaire des effets chroniques et l’absence d’étiquetage, n’ont donc pas convaincu le monde. Or, d’autres solutions sont possibles concluait-il.

 

Ces deux conférences ont été filmées et feront l’objet d’une diffusion dans les prochains mois, notamment sur Canal Savoir, une télévision dédiée à la diffusion et à la vulgarisation des connaissances.

 

  • Jeudi 12 mai, une conférence sur l’hypersensibilité environnementale, organisée par l’Association de santé environnementale du Québec en partenariat avec l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQÀM et le GRETESS, a réuni un fascinant panel d’experts venus notamment de l’Ontario, de Nouvelle-Écosse et de France. Cette conférence a rassemblé plus d’une centaine de participants. (http://aseq-ehaq.ca/ma_wwd/Events/ES_conference_May_12_2011_fr.pdf).

 

  • Vendredi 13 mai, cette semaine scientifique s’est conclue par un forum transdisciplinaire réunissant plus d’une cinquantaine de représentants d’institutions publiques provinciales et fédérales, une dizaine de médecins, des chercheurs français et québécois (en sciences naturelles, biomédicales, humaines et sociales) ainsi que plusieurs représentants d’organismes non gouvernementaux dans les domaines de la consommation, de la santé, de l’environnement, de l’énergie, de la solidarité internationale et des sciences et technologies. Cette journée de travail a été inaugurée par la vice-doyenne à la recherche de la Faculté des sciences humaines, Mme Danielle Julien.

 

Cet atelier a permis de mettre en évidence la nécessité, dans un contexte de montée en puissance à la fois de problèmes environnementaux ainsi que des problèmes de maladies chroniques et évitables, d’amorcer au Québec des travaux étroitement liés à ceux déjà menés en France sur les politiques publiques en matière d’environnement et de santé, et notamment sur les dispositifs d’évaluation. Il a permis de dégager plusieurs stratégies et pistes d’actions concrètes sur lesquelles nous reviendrons prochainement, notamment dans le domaine des pesticides et des OGM pesticides, de la qualité de l’air, de l’hypersensibilité environnementale, de certains produits toxiques, dont l’amiante et nombre de substances affectant la santé et l’environnement, en plus d’entrevoir des actions au plan international du côté de l’OMS et dans le cadre de Rio+20.

 

Cette semaine a été rendue possible grâce au soutien financier des Instituts de recherche en Santé du Canada, du Réseau de recherche en santé des populations du Québec et du Conseil régional de Basse-Normandie (France). Les contributions du CEREV et de la MRSH de l’université de Caen, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, de la Commission canadienne pour l’UNESCO, de l’Institut des sciences de l’environnement, de la TELUQ, de la Faculté des Sciences Humaines et de la Faculté des Sciences, du CINBIOSE et de l’Institut Santé et Société de l’UQÀM ont également été précieuses. Nous tenons enfin à remercier l’ensemble de nos partenaires dont le Réseau des femmes en environnement du Québec, les membres du comité scientifique et la direction de VertigO.

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Compte-rendu de l’atelier-forum « Santé, environnement, gouvernance et risques émergents et à long terme », 13 mai 2011, UQAM

L’atelier-forum « Santé, environnement, gouvernance et risques émergents et à long terme » s’est tenu le vendredi 13 mai 2011 dans le cadre de la semaine « Technosciences, environnement, santé, risques, gouvernance et société » organisée par l’équipe de recherche GRETESS (Gouvernance, risques, environnement, technosciences, santé et société) affiliée à l’Institut des sciences de l’environnement et au CINBIOSE (Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l’environnement) de l’Université du Québec à Montréal.

Cet atelier avait pour objectifs de :

- dégager l’état des lieux en matière d’enseignement et de recherche interdisciplinaires sur les questions de santé/environnement ;

- mettre en évidence l’intérêt et la nécessité d’approches globales et intégrées santé/environnement/politiques publiques et coûts épargnés ;

- mettre en évidence les lacunes en matière d’évaluation scientifique dans certains domaines (perturbateurs endocriniens, transgénèse, nanotechnologies, etc.) et proposer des pistes de réflexion et d’action ;

- dégager des pistes de travail visant à préserver les conditions de santé et d’environnement particulièrement dans les domaines marquant un net retard au Québec par rapport à d’autres provinces/pays (loi sur la qualité de l’atmosphère, amiante, hypersensibilité environnementale, etc.) ;

- formuler des recommandations communes pour initier des recherches interdisciplinaires et soumettre certaines demandes de subventions, amorcer un travail de réseautage, de maillage et de coordination pour réunir les forces vives, initier des activités et mener des actions futures dans le domaine.

 

L’interdisciplinarité était illustré par les provenances très diverses des 55 participants, non seulement des chercheurs de 10 disciplines des sciences naturelles et sociales de France et du Québec, mais aussi de nombreux représentants des sciences de la santé et du milieu médical. Des représentants des institutions de santé publique (Santé Canada, Direction de Santé Publique de Montérégie) et en environnement (Ministère du développement, de l’environnement et des parcs) ainsi que des partenaires associatifs (Alternatives, Association des médecins francophones, Association de Santé Environnementale du Québec, Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec, Conseil québécois des médecins de famille, ETC, Regroupement des conseils régionaux de l’environnement, Réseau des Femmes en Environnement, Union des consommateurs) complétaient ce riche panel.

 

Lors du tour de table de présentation, chaque participant a été invité à formuler un ou deux enjeux majeurs discutés lors de la semaine et sur lesquels revenir pendant cette journée de synthèse. Les principales orientations ont notamment été les suivantes :

1) La nécessité d’un changement de paradigme dans l’évaluation des risques et dans la recherche face à l’épidémie de maladies chroniques liées à l’environnement, tels les cancers ou les hypersensibilités chimiques multiples.

2) La refonte de la formation des médecins et des décideurs pour intégrer la santé environnementale.

3) Pour pallier aux difficultés de financement de projets interdisciplinaires en santé environnementale, la mise en place de fonds dédiés à ces approches au sein des grands organismes subventionnaires.

4) Augmenter la visibilité des questions de santé environnementale en co-signant plusieurs articles scientifiques et de vulgarisation.

Ces discussions foisonnantes ont entre autres été marquées par l’apport des nombreux médecins présents, témoignant de la faiblesse de la formation en santé environnementale dans leur cursus par ailleurs plus orientés vers le patient que vers la population ; une approche qui permettrait de mettre davantage en contexte les pathologies rencontrées. Ceci entraîne par exemple un manque de reconnaissance des pathologies environnementales telles que les hypersensibilités chimiques multiples. D’après l’ensemble des intervenants, la formation médicale actuelle serait trop orientée vers les soins et pas assez vers la santé, donc vers la prévention. Il ne s’agit pas d’ajouter des cours à un cursus déjà très chargé, mais de redéfinir les contenus des cours existants dans la perspective mentionnée ci-dessus.

 

Il a cependant été souligné que la formation des chercheurs à l’interdisciplinarité et celle des décideurs aux nouvelles réalités générées par les liens entre santé et environnement (tels que pollutions multiples ou changements climatiques) étaient également indispensables à l’instauration de politiques publiques innovantes, globales et intégrées. Les partis politiques fonctionnent en secteurs distincts et ont donc de la difficulté à avoir cette vision globale dans leurs programmes. En outre, l’apport de l’éducation relative à l’environnement pour constituer une conscience environnementale est incontournable, que ce soit chez les plus jeunes via le système scolaire ou chez les décideurs politiques.

 

La participation citoyenne représente aussi une composante majeure d’une action concertée en santé environnementale parce qu’aucune action, ni aucune prise de conscience, et encore moins un changement de paradigme ne peuvent être valides sans le soutien des différentes parties prenantes. A cet égard, les syndicats peuvent être un levier important pour réorienter la protection des travailleurs non pas sur le maintien ou la création d’emplois, c’est-à-dire en faveur d’éléments purement économiques, mais plutôt sur la création de filières vertes et d’alternatives innovantes respectant la santé des travailleurs. Il faut faire la démonstration qu’investir en santé environnementale contribue à faire économiser de l’argent public grâce, par exemple, à l’amélioration de la qualité des années de vie en médiatisant le message (théorie des coûts épargnés défendue, entre autres, par l’OMS).

 

Le changement de paradigme pourrait enfin être rendu possible grâce à une expertise contradictoire et au respect de la transparence. Les chercheurs, professionnels de l’évaluation et les citoyens peuvent par exemple dénoncer le secret sur certaines données de toxicité imposé par les compagnies alors que les brevets ne portent que sur les processus de fabrication. Les sources et données brutes devraient être systématiquement réclamées afin de former une expertise critique qui serait rendue publique. Il faut également briser le mythe ambiant que la technologie va apporter les solutions aux grands problèmes environnementaux ; la technologie est souvent à l’origine de problèmes. Cela questionne la place de la science dans les solutions à mettre en place.

Pour finir, il est apparu primordial de mettre l’accent sur l’expérience des pairs (chercheurs, mais aussi association et groupes  de pression) pour rattraper les retards de certains dossiers (au Québec, notamment qualité de l’air et amiante). Ainsi, la législation de la communauté européenne qui oblige à la traçabilité des organismes génétiquement modifiés (étiquetage…), ou la législation française qui a inscrit le principe de précaution dans sa Constitution sont des exemples importants du rôle des pouvoirs publics dans les questions de santé environnementale.

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Compte-rendu des conférences publiques d’André Cicolella et Gilles-Eric Séralini. 11 mai 2011, Coeur des sciences, UQAM

1. André CICOLELLA : « La santé : 4ème crise écologique« 

Le conférencier, chercheur en évaluation des risque à l’INERIS, l’Institut français de l’environnement industriel et des risques, a mis en évidence l’augmentation des maladies chroniques dans le monde : cancers (un homme sur deux et une femme sur trois risquent d’être atteints d’un cancer et les cancers chez les enfants et les adolescents sont en augmentation depuis 1970), obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, asthme et allergies, atteintes de la reproduction, malformations génitales, troubles neuro-comportementaux, maladies neuro-dégénératives, hypersensibilité environnementale. Il a d’ailleurs indiqué que l’espérance de vie en bonne santé était d’ailleurs désormais en baisse dans certains pays (USA, Allemagne, Espagne…).

Cette véritable « épidémie de maladies chroniques », selon les termes de l’OMS, est désormais responsable de 60% de décès dans le monde. Elle trouve en partie sa source dans une série de contaminants environnementaux auxquels est exposée la population : édulcorants artificiels, résidus de pesticides, perturbateurs endocriniens, hormones, pollution urbaine… Le conférencier a épinglé ainsi plusieurs exemples illustrant les liens entre pollution environnementale au sens large et problèmes de santé. Avec la crise climatique, l’épuisement des ressources naturelles et la dégradation de la biodiversité, la crise sanitaire peut ainsi être considérée, d’après lui, comme la 4ème crise écologique.

Le conférencier a regretté que l’OMS ne prenne pas en compte des facteurs aussi significatifs que les effets toxiques de certains produits chimiques ; les habitudes de vie comme le tabac, la consommation d’alcool, la sédentarité et l’alimentation étant les seuls facteurs de risques considérés dans la survenance de ces maladies chroniques.

Enfin, André Cicolella a souligné la nécessité de changer le paradigme ayant prévalu jusqu’à présent dans l’évaluation et la gestion des substances toxiques et a souligné que dans le cas des perturbateurs endocriniens, ce n’est pas la dose qui fait le poison, qu’il faut prendre en compte la période d’exposition (fenêtres in utero par exemple), les effets cocktails ainsi que les effets transgénérationnels et à long terme.

Selon André Cicolella, une nouvelle révolution de santé publique s’impose donc désormais, mettant les problèmes de santé liés à l’environnement au cœur des politiques publiques et intégrant la santé dans la définition du développement durable.

Pour en savoir davantage:

Le défi des épidémies modernes, comment sauver la Sécu en changeant le système de santé, édition La Découverte, 2007.

Alertes santé – experts et citoyens face aux intérêts privés, avec Dorothée Benoit-Browaeys, édition Fayard, 2005.

 

2.Gilles-Eric SERALINI : « Biotechnologies : le retard américain »

Le conférencier, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen (Basse-Normandie, France) et Président du Comité scientifique du Centre de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique (CRIIGEN), a mis en évidence le retard considérable qu’ont pris depuis 15 ans l’Amérique du Nord et, sous son impulsion, l’Amérique centrale et du Sud, dans l’évaluation durable et le développement des biotechnologies agricoles par rapport aux exigences sanitaires, sociales et environnementales mondiales.

Manque d’informations données à la communauté scientifique et à la population – 85% des Québécois réclament sans succès l’étiquetage des organismes génétiquement modifiés (OGM) depuis des années -, non prise en compte de la volonté démocratique, absence de traçabilité, insuffisances notoires dans les processus d’évaluation, d’épidémio-surveillance et de contrôles; tous ces éléments placent l’Amérique dans un obscurantisme qui risque de poser, à long terme, de graves problèmes de santé publique et d’environnement.

Par ailleurs, le conférencier a souligné la marginalisation croissante des USA dans la production des OGM et dans la prise de risque économique au plan international. Ainsi, il relève que 97% des OGM comestibles dans le monde sont cultivés sur le continent américain (USA en tête mais aussi Amérique du Sud) et que 19% de l’agriculture américaine est tournée vers les OGM. Cela contraste profondément avec les 160 pays qui ont signé le Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la Convention sur la diversité biologique. Ce premier accord international environnemental sur les OGM, qui prévoit notamment un étiquetage obligatoire des organismes modifiés, au moins aux frontières, n’a pas été signé par les États-Unis ni ratifié par le Canada.

Gilles-Eric Séralini a également remis en cause une série d’idées mensongères véhiculées par les ténors de cette industrie biotechnologique, en soulignant d’une part que les OGM ne permettent aucunement de réduire les quantités de pesticides utilisées; et d’autre part, que ces OGM qui « ont servi à plus de 95% à nourrir les cochons des pays riches plutôt que les enfants des pays pauvres » sont non seulement loin de constituer une solution à la faim dans le monde, mais amplifient même la famine à cause des brevets sur les semences.

Il a rappelé que les semences OGM sont manipulées génétiquement pour tolérer l’application répétée d’un herbicide et/ou pour produire elles-mêmes un insecticide ou pour intégrer les deux traits. Ainsi, les semences « Roundup Ready » de Monsanto sont sensées être tolérantes à l’herbicide Roundup qu’elles absorbent massivement, alors que d’autres produisent leur propre insecticide (maïs Bt). Herbicides et insecticides étant par définition des pesticides, 99,9% des OGM agricoles commercialisés sont donc des plantes à pesticides. Or, il déplore que seuls des éléments visant à évaluer leur toxicité aiguë aient été pris en compte pour l’accord de mise sur le marché en l’absence d’analyses sérieuses de leurs effets chroniques à long terme; de plus, il souligne le manque de transparence sur les tests menés comme sur leurs résultats et interprétations. Dans le cas du Roundup « Seul le principe actif, le glyphosate, a été testé sur des animaux pendant quelques mois et non le pesticide dans sa totalité, dont la formule est protégée par le secret industriel ». « Or, nous savons que les différentes formulations commerciales du Roundup contiennent des produits corrosifs lui permettant de pénétrer dans les cellules ». Gilles-Éric Séralini a terminé en mentionnant que plusieurs études scientifiques indépendantes de son équipe ont mis en évidence la toxicité des OGM sur le foie et les reins, principaux organes de détoxification chez les humains. D’autres études de son équipe ont révélé que le Roundup de Monsanto perturbe le système endocrinien et cause la mort de cellules d’embryons.

Pour en savoir davantage :

Ces OGM qui changent le monde, Gilles-Éric Séralini, Flammarion, 2004, réédité en 2010 et site du CRIIGEN : http://www.criigen.org/

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Compte-rendu du colloque « Technosciences, environnement, santé, risques, gouvernance et société », les 9 et 10 mai 2011, Colloque de l’Acfas 2011, Sherbrooke.

Le colloque « Technosciences, environnement, santé, risques, gouvernance et société », sous la responsabilité conjointe de Mme Louise Vandelac (directrice de l’Institut des sciences de l’environnement, UQAM) et de M. Frédérick Lemarchand (co-directeur du Pôle Risque de la Maison des sciences humaines, Université de Caen-Basse Normandie), s’est déroulé les 9 et 10 mai 2011 dans le cadre du 79e congrès de l’ACFAS, ouvrant une vaste semaine d’activités scientifiques sur le thème santé-environnement.

 

Ce colloque avait pour objectif de mieux comprendre les enjeux de la décision publique et des articulations technosciences et démocratie à travers l’examen de plusieurs générations d’innovations des domaines de la chimie (perturbateurs endocriniens et polytoxicosensibilité), du génie génétique (transgénèse végétale), des nanotechnologies (agroalimentaires) et de quelques dossiers d’actualité (amiante, gaz de schistes, centrales nucléaires et géoingénierie). Il a permis de réunir près de quarante scientifiques de France et du Québec d’une dizaine de disciplines différentes des sciences humaines et sociales, naturelles et de la santé, dans une approche interdisciplinaire permettant d’analyser la genèse, les enjeux, les volontés politiques et les stratégies de mise en œuvre de ces dossiers.

 

Introduction

Mme Vandelac et M. Lemarchand ont rappelé l’importance – dans l’actuel contexte de crise écologique et sanitaire menaçant les ressources vitales et la santé des êtres, des populations et des écosystèmes – de dénouer les enjeux socioéconomiques et politiques contribuant, à travers plusieurs générations d’innovations technoscientifiques, à modifier littéralement les paysages et les vivants. Ainsi, la nécessité de renouveler l’approche écosanté et de repenser les questions d’évaluations scientifique et sociale, d’encadrement public, de responsabilité, de mobilisation des savoirs et de démocratisation des technosciences s’impose afin de mettre en œuvre des politiques écologiques et sanitaires globales, intégrées et soucieuses de coûts évitables.

 

Vue d’ensemble

Le colloque s’est ouvert sur la présentation d’un bilan du second Forum international Sciences et démocratie (G. Bibeau) suivi par celles de plusieurs dossiers d’actualité après quoi quatre thématiques ont été abordées :

- Perturbateurs endocriniens/Polluants persistants/Hypersensibilité environnementale

-     Contaminants environnementaux et santé prénatale et infantile

-      Technosciences/Biotechnologies/Nanotechnologies

-  Transformations sociotechniques, responsabilités et participation publique.

 

Malgré leurs spécificités, les dossiers présentés ont permis de dégager plusieurs lignes de convergence, dont:

- l’importance de la responsabilité des pouvoirs publics dans le développement de certaines orientations technoscientifiques marquées par l’incertitudes dont la rentabilité semble fondée sur l’externalisation des risques et sur une visée à court terme pour le bénéfice de quelques uns plutôt que selon une envergure sociétale sur le long terme et l’insuffisance des règlementations sur des risques dont les limites sont toujours repoussées;

-  la déficience de l’évaluation de risque sanitaire devant la complexité des enjeux, l’évaluation n’étant plus adaptée aux technosciences développées actuellement, ni par le processus (analyse substance par substance, fardeau de la preuve sur la société civile), ni par les concepts théoriques qui la sous-tendent (relation dose-réponse de la toxicité et effets à de faibles doses);

-  une opposition entre pouvoir exécutif et « société civile », alors même que plusieurs citoyens (chercheurs, politiques, évaluateurs…) sont conscients de la déficience du processus d’évaluation de risque en appui à la décision ;

-  dans ce contexte, la nécessité d’une approche inter-disciplinaire et même trans-disciplinaire pour définir adéquatement les questions tant du point de vue des sciences naturelles qu’humaines afin de couvrir les enjeux sanitaires, environnementaux et socio-économiques de la façon la plus complète possible ;

- la nécessité d’une démocratie participative, grâce à un transfert d’informations multidirectionnel, afin de rétablir la confiance entre les citoyens, l’État (et ses institutions), les experts, les industriels, etc.

 

La nécessité d’une évaluation scientifique indépendante et fiable

L’apparition d’effets négatifs du progrès technique et les incertitudes inhérentes au champ de la santé environnementale ont contribué à l’émergence d’un questionnement sur le statut de la science et de l’expertise dans la production et la régulation des problèmes sanitaires environnementaux. Des conflits se cristallisent sur les développements technologiques, dont les produits sont largement répandus sur le marché, alors que leurs effets sanitaires ont été insuffisamment évalués, comme les nanotechnologies, les ondes électromagnétiques ou les biotechnologies (R. Boutrais).

 

Que l’on considère le dossier de l’amiante (Dr. F. Turcotte), celui du nucléaire (Dr. E. Notebaert), du gaz de schiste (Pr. N. Mousseau), des organismes génétiquement modifiés (OGM) (E. Darier, Pr. G.E. Seralini) et des pharmacultures (plantes transgéniques visant à produire des molécules pharmaceutiques) (M.H. Bacon), ou encore de la géoingéniérie (D. Bronson), l’imaginaire commun du productivisme entraîne le même aveuglement de toute la classe politique et de toute une variété de professionnels qui, oublieux de leurs obligations éthiques, trahissent leur devoir de solidarité envers la société pour faire prévaloir une prospérité immédiate et éphémère en contradiction totale avec le concept de développement durable.

 

Un changement de paradigme toxicologique

Les enjeux sanitaires pour l’espèce humaine se situent également dans la mise sur le marché de milliers de molécules chimiques, dont certaines présentent des propriétés toxiques particulières de perturbation endocrinienne ou de persistance, tant dans les fluides et tissus biologiques que dans l’environnement. Certaines pathologies, telles les hypersensibilités environnementales et sensibilités chimiques multiples – syndrome symptomatique de la dispersion massive des produits chimiques résultant d’une intolérance aux produits chimiques à des niveaux d’exposition habituellement tolérés par la population générale et qui toucherait 3 à 4 % de la population canadienne- ne sont officiellement reconnues que sporadiquement par certains pouvoirs publics et services de santé (Dr. P. Auger, G. Nadeau, M. Gaudet). Pourtant, cette reconnaissance, alliée à un traitement approprié et à des adaptations du cadre de vie constitue des conditions essentielles à l’amélioration de l’état de santé de ces personnes leur permettant d’avoir des conditions de vie plus décentes.

 

Le cas des perturbateurs endocriniens met en relief les limites des approches actuelles en matière d’organisation de la recherche scientifique et d’élaboration des politiques publiques relatives à la contamination chimique de l’environnement. En juin 2010, le Réseau des femmes en environnement rassemblait vingt-cinq chercheurs et gestionnaires des milieux académiques et gouvernementaux travaillant sur l’exposition et/ou les effets des perturbateurs endocriniens dans l’environnement et sur la santé humaine afin de faire le point sur ces défis ; le travail s’est poursuivi cette année lors d’un second colloque, résumé par ailleurs (L. Parent).

 

Ces substances affectent aussi l’enfant en devenir dès sa conception puisqu’il est exposé à une large diversité de contaminants susceptibles d’altérer négativement sa croissance et son développement (L. Takser, C. Vaillancourt, D. Saint-Amour). Pourtant, peu de réglementations existent pour protéger la grossesse et le fœtus contre les effets des contaminants, bien que le passage placentaire des contaminants, les propriétés proches de celles hormones naturelles et les effets détectables à faibles doses chez l’animal nous amènent à nous interroger sur la protection adéquate des enfants en développement. Des stratégies de réduction à la source s’imposent; des stratégies de prévention doivent également être favorisées.

 

La nécessité de mettre de l’avant le principe de précaution

Si les technosciences se développent à vive allure, comme les communications sur la géoingénierie (D. Bronson), les pharmacultures (M.H. Bacon) et les nanotechnologies (F. Maniet, S. Beaudoin) l’ont souligné, d’autres exemples démontrent qu’il est possible de contenir leur expansion tant qu’une démonstration satisfaisante de leur « non nocivité » n’est pas faite, comme c’est le cas pour les OGM alimentaires. A cet égard, le développement cultural des OGM agricoles est un échec, non seulement en Europe mais dans 150 pays du monde signataires du protocole international de respect de la biodiversité, dit de Carthagène.

 

En Europe, une alliance entre société civile, scientifiques, experts, agriculteurs et bien d’autres a confiné les cultures des OGM alimentaires sur le continent américain en rendant obligatoire la traçabilité, donc la visibilité, et en débattant largement des contrôles sanitaires et environnementaux. L’Europe dispose aujourd’hui d’une législation commune, entraînant la limitation des terres agricoles couvertes d’OGM à seulement 0,05% du total, contre 98% des surfaces cultivées sur le continent américain) (Pr. G.E. Seralini).

 

Au Canada, un groupe d’experts, mis sur pied en 2001 par la Société royale du Canada à la demande du gouvernement fédéral, a établi une liste de 58 recommandations. Ce rapport décrit en fait les failles de l’approche des politiques gouvernementales en Amérique du nord en général, que ce soit au niveau de «l’équivalence en substance», de l’absence de transparence des données scientifiques et de contre-expertises scientifiques indépendantes des entreprises de biotechnologie. Pourtant, ces recommandations, qui constituent toujours à l’heure actuelle la synthèse la plus complète et la plus rigoureuse sur le plan scientifique sur le sujet des OGM, sont restées largement ignorées 10 ans après leur proposition alors que plusieurs dossiers en plein développement, comme le saumon et la luzerne OGM et le porc transgénique devraient appeler à beaucoup plus de vigilance (E. Darier).

 

La nécessité et la difficulté de transmettre des informations, par nature souvent très complexes, de façon non biaisée au plus grand nombre de citoyen-ne-s rend également difficile la possibilité de faire contrepoids à une industrie dont les moyens financiers dépassent très largement ceux des groupes de pression, qu’ils soient scientifiques, environnementaux ou issus de la base et des différentes régions concernées par ces problématiques. Il s’agit bien ici d’un travail de transmission et de démocratisation de l’information afin que nous puissions collectivement choisir les meilleures avenues politiques possibles. Néanmoins, de nombreuses associations abordent les impacts sanitaires de l’environnement dans leurs actions et des collectifs se sont récemment formés spécifiquement autour de cette problématique en France (médecins, femmes, étudiants, etc.). Les acteurs associatifs s’emparent de la santé environnementale pour exprimer des revendications plus larges, portant sur l’utilité du progrès, l’ordre des valeurs, les modèles de production industriels et agricoles, de consommation et la place de l’humain dans l’innovation (R. Boutrais, E. DeléageM.A. Devynck). Ces mouvements développent des répertoires d’action novateurs pour gagner en efficacité (R. Boutrais). De plus, depuis une trentaine d’années, des approches écosystémiques ont émergées en réponse à la nécessité de répondre à la complexité grandissante des problématiques liant la santé et l’environnement. Ces approches favorisent une plus grande participation des personnes interpellées par la problématique et l’intégration de multiples savoirs comme passage obligé vers une démocratisation des savoirs (J. Saint-Charles). Les analyses prospectives des éléments déclencheurs des changements de modes de vie (M. Cordelier), les analyses des systèmes d’action et des relations d’influence/pouvoir (S. Juan, D. Pécaud), l’étude des paramètres de production de résultats socialement et politiquement acceptables (M.P. Baudin-Maurin, N. Richter), et celles étudiant la toxicité (C. Amiel, C. Vaillancourt, C. Vélot) ou effectuant un état des lieux sur un sujet donné (P. Krzywkowski, A. Morange, Dr. J. Spiroux,) participent de concert à l’évolution des questions selon une approche globale et intégrée en posant un regard différent sur les objets analysés. Plus diffuse, plus partagée, l’expertise d’aujourd’hui illustre un changement de paradigme de la vie sociale (D. Pécaud).

 

Conclusion

Mettre la question santé-environnement au centre des politiques publiques implique de redéfinir la santé environnementale à partir de la croissance, et même de l’épidémie des maladies chroniques et non plus seulement de la pollution des milieux. L’environnement devrait dorénavant être défini comme incluant l’alimentation, le mode de vie, l’environnement social et ne pas être limité à la seule pollution physico-chimique (Pr. A. Cicollela). Grâce à l’examen renouvelé des risques et des impacts socio-économiques, environnementaux, sociaux et sanitaires qui y sont liés, ce colloque a contribué à mieux cerner les enjeux socio-anthropologiques qui s’y jouent, les changements de paradigmes qu’ils annoncent et les efforts de renouvellement théorique et de démocratisation des savoirs auxquels ils nous convient (L. Vandelac et F. Lemarchand). Il a mis de l’avant les limites des modèles actuels de gouvernance, mais surtout les avancées en cours qui permettront le développement de nouveaux paradigmes tant en sciences naturelles que sociales et la nécessité d’une transversalité des savoirs et des connaissances. Max Roy, président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), nous a fait l’honneur de clôturer ce colloque, soulignant l’extrême diversité de ses intervenants et la richesse que cela représentait au plan scientifique et pour le Québec.

 

Les actes de ce colloque seront publiés dans un numéro spécial de la revue scientifique électronique en sciences de l’environnement VertigO, en 2012.

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L’ONU échoue à faire inscrire l’amiante sur une liste de produits dangereux

Convention de Rotterdam

L’ONU échoue à faire inscrire l’amiante sur une liste de produits dangereux

Agence France-Presse 24/06/2011 13h44

GENEVE – Plusieurs pays, dont le Canada et le Vietnam, ont fait échouer un projet visant à inscrire l’amiante chrysotile sur une liste de substances dangereuses de la Convention de Rotterdam, un accord de l’ONU obligeant les exportateurs à se plier à certaines exigences.

Les États parties de la Convention de Rotterdam, qui prennent toujours leurs décisions par consensus, s’étaient réunis cette semaine à Genève pour décider en particulier si l’amiante chrysotile, utilisée pour l’isolation et la protection contre le feu, doit être soumis à ces règles.

«Un produit chimique, l’amiante chrysotile, n’a pas été accepté» par les États parties, a déclaré Michael Stanley-Jones, porte-parole du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), lors d’un point presse.

«Plusieurs pays ont déclaré (…) avoir des difficultés à inclure la chrysotile, dont le Canada, l’Ukraine, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Vietnam», a-t-il dit.

Interrogé par l’AFP, un représentant du gouvernement canadien, Henry Lau, a indiqué que son pays «préconise depuis plus de trente ans l’utilisation sécuritaire et contrôlée du chrysotile, tant au pays qu’à l’étranger».

«Des examens scientifiques confirment manifestement que les fibres de chrysotile peuvent être utilisées sans danger dans des conditions contrôlées», a-t-il ajouté.

Pour sa part, M. Stanley-Jones a expliqué que le projet sera réexaminé lors de la prochaine réunion de la Convention de Rotterdam en 2013.

Il a par ailleurs souligné que les pays s’étaient en revanche mis d’accord cette semaine sur l’inscription de deux autres substances toxiques: l’aldicarb et l’alachlor, utilisés dans certains produits phytosanitaires.

Selon la Convention, l’exportation de certains produits chimiques et pesticides dangereux ne peut être réalisée que si le pays importateur a donné préalablement son accord en toute connaissance de cause, après avoir reçu du pays exportateur toutes les informations utiles concernant sa dangerosité.

Au cas où un pays déciderait d’accepter de tels produits chimiques, la Convention en facilite l’utilisation moyennant l’établissement de normes d’étiquetage, la fourniture d’une assistance technique et d’autres formes de soutien.

Une quarantaine de produits sont soumis à cette procédure, entrée en vigueur en 2004.

http://www.canoe.com/infos/environnement/archives/2011/06/20110624-134442.html

Convention de Rotterdam

Amiante: l’opposition fustige le gouvernement Harper

Dominique La Haye et  Agence QMI 23/06/2011 19h38 

OTTAWA – L’opposition aux Communes fustige le gouvernement Harper qui refuse d’inclure l’amiante chrysotile à la liste des substances dangereuses, faisant ainsi du Canada l’un des rares pays à adopter cette position.

Selon le NPD, la décision du gouvernement – qui a refusé que l’amiante soit ajouté à la liste de la Convention internationale de Rotterdam de l’ONU, lors du récent sommet à Genève – a pour effet « d’isoler » le Canada.

L’opposition a fait valoir que même l’Inde – le principal importateur d’amiante en provenance du Canada – avait donné son appui pour que l’amiante chrysotile soit ajouté à la liste.

Tour à tour, durant la période des questions aux Communes, jeudi, les députés du NPD ont cherché à plonger dans l’embarras le ministre fédéral de l’Industrie, Christian Paradis. Ce dernier représente la circonscription de Mégantic-L’Érable, où se trouve la mine d’amiante Jeffrey qui vient tout juste de recevoir une garantie de prêt de 58 millions $ du gouvernement du Québec pour relancer ses activités.

« Ce gouvernement va-t-il enfin expliquer pourquoi il s’entête à refuser d’ajouter le chrysotile à la Convention de Rotterdam », a lancé le député néo-démocrate d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Romeo Saganash.

Le ministre Paradis a défendu la position de son gouvernement et martelé que depuis 30 ans, le gouvernement du Canada prône une utilisation « sécuritaire et contrôlée de la fibre chrysotile ». Une distinction doit, selon lui, être faite entre l’amiante en général et celle de type chrysotile. Il soutient que les études scientifiques récentes démontrent que cette fibre peut être utilisée de façon sécuritaire.

Le ministre conservateur a fait valoir que les libéraux prônaient la même position que celle de son gouvernement lorsqu’ils étaient au pouvoir. Jeudi, le député libéral de Westmont-Ville-Marie, Marc Garneau, a cependant critiqué les conservateurs à ce sujet.

« Un paquet de cigarettes nous avertit très clairement que le tabac cause le cancer. L’amiante cause aussi le cancer et pourtant, ce gouvernement refuse de placer l’amiante sur la liste des produits cancérigènes de la Convention de Rotterdam », a-t-il soutenu.

http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/politiquefederale/archives/2011/06/20110623-193829.html

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