Le GRETESS

photo GRETESS

                                                                                                                                   Andre Broessel, Rawlemon Solar Architecture

Les grands organisme des Nations Unies intervenant sur les questions de santé, d’environnement et de sécurité alimentaire, soulignent depuis des années que malgré les efforts des grandes équipes multidisciplinaires en sciences, dont celle du GIEC qui ont permis de dresser un excellent état des lieux relatifs aux changements climatiques, à la dégradation accélérée de la biodiversité, à la multiplication des évènements extrêmes, accentuant davantage encore les problèmes globaux de santé, d’alimentation, de pénurie de services sanitaires de base et d’eau potable -ces grandes faucheuses de vies humaines-, ces résultats se heurtent à l’attentisme des pouvoirs publics, dont témoignent les échecs du Protocole de Kyoto. Ils attribuent même en partie ces échecs aux difficultés majeures d’analyse et aux lacunes des dispositifs de décision publique et aux enjeux socio-économiques, politiques et anthropoculturels sous-jacents. Or, les retards d’intégration interdisciplinaires en sciences humaines et sociales et notamment ceux portant sur des enjeux globaux et multi-échelles comme l’environnement, la santé globale, la sécurité biologique, hydrique et alimentaire n’aident en rien l’analyse fine de ces questions. On connaît pourtant le succès des efforts conceptuels consentis pour relier des phénomènes majeurs, situés à diverses échelles de temps et d’espace comme le font l’empreinte écologique, l’indice planète vivante, l’approche écosanté ou de nouveaux indicateurs économiques tels le Genuine Progress Indicator qui permettent grâce à des outils conviviaux et accessibles d’ouvrir de nouveaux horizons de pensée pour les décideurs, comme pour les citoyens.

On comprendra donc pourquoi, dans un contexte d’hyperspécialisation des savoirs et de morcellement disciplinaire et thématique, les exigences de cette époque historique où le temps est désormais compté, que nous souhaitons amorcer une programmation de recherche, centrée sur des travaux de synthèse et d’intégration interdisciplinaires prenant d’abord appui en sciences humaines et sociales et notamment sur les questions d’ordre épistémologiques. Nous sommes conscients qu’il est rare que de tels travaux soient centrés sur la mise en évidence de la genèse, des enjeux, des jeux d’acteurs et des dynamiques traversant et reliant les phénomènes étudiés, tentant ainsi de dégager les éléments clés de la trame des grandes transformations ainsi que les nœuds de résistance qui les dévient ou les freinent.

Bien que nos recherches portent sur la genèse, les mécanismes d’évaluation et d’encadrement, les enjeux et impacts sur les milieux de vie, la chaîne alimentaire et la santé de diverses générations et applications technoscientifiques (chimie, technologie de reproduction, transgénèse, nanotechnologies, bioproduits, etc.), c’est bien la trame socio-économique, socio-technique, politique et anthropo-culturelle qui retient notre attention, de même que leurs lignes de force et interactions qui permettent d’éclairer ce qu’elles laissent entrevoir pour les prochaines années. Cette posture d’amont et d’aval nous est dictée par les exigences de pertinence scientifique et sociale d’un questionnement portant à la fois sur les dispositifs économiques et technoscientifiques à l’œuvre, sur la difficile démocratisation de ces débats, sur le rôle de l’État dans l’évaluation et l’encadrement technoscientifique, dans un contexte d’extrême rapidité des évolutions sociotechniques, ce qui appellent à travailler sur les risques émergents dès leurs premiers développements pour mieux en saisir les logiques et les enjeux implicites.